Pourquoi ? (7)
par Gerald Gardner (traduction Ameth)
Swinburne nous donne son avis dans son célèbre quatrain :
Tu as vaincu, O pâle Galiléen;
Tu as rendu le monde plus gris.
Nous avons bu l’eau du Léthé,
Et nous avons été nourris de la plénitude de la mort.
Voilà
une façon poétique de dire que l’Eglise a supprimé tous les plaisirs de notre
vie et a fait respecter son opinion voulant que « L’Amour est Honteux ». Mais
aujourd’hui, dans les pays chrétiens, un grand nombre de femmes affirment sans
honte leur droit à l’amour. Ainsi elles peuvent en parler au Conseil
d’Orientation du Mariage ou à des organismes similaires car, il faut se
souvenir, le Conseil d’Orientation du Mariage ne peut pas utiliser les méthodes
inquisitoriales, il ne peut que demander et seuls les gens qui n’en ont pas
honte, ou même qui en sont plutôt fiers, parleront franchement de leurs
expériences sexuelles.
Si l’on accepte ce que nous disent ces rapports, ne peut-on pas supposer que
l’opinion publique évolue peu à peu sur ces questions ? Quand j’étais jeune, on
chuchotait au sujet de « femmes horribles » qui avaient divorcé, ou pire encore,
qui vivaient avec des hommes avec qui elles n’étaient pas mariées. Il y avait
des histoires de personnes qui découvraient par hasard leur secret coupable et
lorsque la chose s’ébruitait, les coupables couverts de honte étaient forcés de
quitter le quartier. Aujourd'hui, ils ne partent plus et l’assument. Tous leurs
amis savent qu’ils ne sont pas mariés et personne n’y trouve rien à redire.
Contrairement à ce qu’affirme l’Eglise, les sorcières ne croient pas ou
n’encouragent pas la promiscuité. Pour elles, le sexe est quelque chose de sacré
et de beau, qu’on ne devrait pas laisser devenir sordide ou facile. (Elles
admettent aussi un fait que beaucoup de chrétiens semblent avoir oublié, à
savoir qu’à côté de la Luxure, il y a six autres Péchés Capitaux.) Dans un vieux
livre rare en ma possession, « Recueil de Lettres au Sujet des Maléfice et du
Sortilège » par le Sieur Boissier (Paris 1731), on trouve cités de très précieux
éléments de preuve venant d’un grand procès en sorcellerie à La Haye Dupuis en
1669, qui illustrent l’attitude du culte des sorcières à cet égard. Un témoin,
Marguerite Marguerie, dit que quand une sorcière homme n’était pas au Sabbat,
son partenaire ne participait pas à la danse et il est dit plus loin, « la danse
se pratique... dos à dos et deux par deux, chacun ayant sa conjointe sorcière du
Sabbat qui est parfois sa propre femme et ces femmes leur ayant été accordées
quand ils ont été marqués (c’est-à-dire initiés – la note est de moi), ils n’en
changent pas. Ce type de danse étant terminé, ils dansent aussi la main dans la
main comme nos villageois...
Boissier est un témoin précieux puisqu’il écrit sur des choses qui se sont
produites peu avant son époque et il ne peut pas être accusé d’avoir un apriori
favorable vis-à-vis des sorcières, parce que son livre se termine par la
reproduction d’une lettre du Parlement de Normandie au Roi de France protestant
contre le roi qui avait commué des condamnations à mort prononcées dans ces cas
là en peines de bannissement et parce qu’il avait suspendu d’autres procédures
en précisant en détail que cette clémence vis-à-vis des sorcières offensait Dieu
et mettait la chrétienté en danger. (Il faut mettre au crédit de Louis XIV qu’il
n’a pas tenu compte de cette pieuse prière.) Par ailleurs, les éléments cités
par Boissier montrent aussi que ceux qui participaient aux Sabbats étaient nus,
que la plupart des sorcières venaient de familles sorcières et avaient étaient
formées par leurs parents, que ceux qui veulent sortir de leur maison pour
assister discrètement au Sabbat avaient l’habitude de le faire en passant par la
très grande vieille cheminée, qu’il y avait trois « marques » données aux
sorcières à trois moments différents, mais que seules les plus âgées avaient les
trois marques qui « faisaient d’elles des magiciens » (c’est-à-dire les « Trois
Degrés ») et que les sorcières, pour faire peur au gens et les éloigner de leur
lieu de rencontre, mimaient la Chasse Sauvage dont j’ai parlé dans mon précédent
livre, « Witchcraft Today », puisque des survivantes actuelles du culte des
sorcières m’en ont parlé un peu avant que le livre de Boissier entre en ma
possession, avant même que j’aie entendu parler de ce livre. Je peux donc
renvoyer ceux qui ont remis en question ce que j’ai dit sur ces points aux
éléments de preuve cités dans le livre de Boissier.
Nous pouvons avoir une meilleure perspective de ces Sabbats et ses
divertissements en regardant les conditions sociales dans lesquelles ils ont
prospéré. Dans « Women in Antiquity » (page 163), Charles Seltman dit en parlant
du christianisme :
En tant que religion historique, avec un fondateur à une époque donnée, la Foi a un sens, mais ce n’est plus le cas pas si elle s’éloigne - comme ça a été le cas vers la moitié de premier siècle de notre ère - de l’exemple formidable et des préceptes de son fondateur. Il semble improbable qu’Il aurait consenti à la calomnie de la moitié féminine de l’humanité… Pourtant c’est cette ligne qui a conduit, par peur des femmes et du sexe, à l’échappatoire terrible qu’est le célibat et la chasteté. Dans le cadre du moyen-âge et du monde moderne, la plupart des moines et des nonnes furent des personnes tranquilles consacrées non seulement à leurs idéaux, mais aussi à une possibilité appelée « sainteté ». Mais le grand mouvement monastique a trop souvent permis à un petit nombre de fanatiques de prendre le contrôle de la grosse machine qu’est l’Eglise. Bon nombre de ces créatures étaient simples d’esprit, dévouées, bizarres et pas tout à fait saines d’esprit, car ils pensaient être des instruments consacrés de Dieu. Ils avaient une peur et une haine des femmes, comme seuls de tels hommes pouvaient être capables. Au Moyen-âge les gens devenaient un peu fous à cause de l’adoption du code effroyable concernant les femmes. On dit qu’aujourd’hui la bombe atomique nous conduit à la folie, mais ce n’est rien en comparaison des pensées sauvages induites par une foi fondée sur une « conception du Paradis et de l’Enfer » de l’univers physique.
wica wicca Gerald Gardner