Pourquoi ? (6)

par Gerald Gardner (traduction Ameth)

Ce n’était pas juste des histoires de mœurs légères. On croyait sincèrement que le Mariage Sacré devait être consommé régulièrement et pieusement pour apporter pouvoir et bénédictions à la communauté, comme cela avait toujours été le cas. Les premiers protestants ne le réalisaient pas. Il y a toujours eu deux écoles de pensée dans l’Eglise à ce sujet et, en raison d’abus, l’ancienne coutume a été abandonnée. Ou alors elle n’a plus été pratiquée que dans une stricte confidentialité, mais la connaissance de son existence s’est généralisée à un moment donné et durant la Révolution française, de nombreux malheureux moines et nonnes furent torturés pour leur faire avouer ces pratiques. Il est probable que c’est ce qui a inspiré « Les Noyades » où Swinburne disait :

     Dans la cinquième année sauvage où les choses ont changé
     Lorsque la France a été glorieuse et rouge de sang, tachée
     De la poussière de la bataille et de la mort des Rois.
     Une reine des hommes casqués de cheveux.
     Carrier a descendu de la Loire et a tué
     Jusqu’à ce que tous les chemins et les flots soient rouges de sang :
     Attachés et noyés, tués deux par deux,
     Demoiselles et jeunes gens, nus et mariés.

Il s’agissait, entre autres, de nombreux prêtres et nonnes qui furent dépouillés, attachés face à face, et noyés solennellement, dans ce qui était appelé un « Mariage Civil ». C’était bien sûr pratiqué de façon parodique. Cela illustre ce que savaient tous les paysans, à savoir qu’il y avait un Mariage Sacré, qui croyaient-ils était toujours pratiqué par les prêtres et les religieuses et cela les amusait de les tuer pendant qu’ils le célébraient, même involontairement.

Comme Charles Seltman le dit si justement dans son « Femme dans l’Antiquité » (p. 30) :

Il y a des moments où la nudité devient essentielle comme un acte de culte au sein d’une religion qui est passé bien au-delà de la ligne primitive et magique. On retrouve cette idée dans le rite musulman où l’on retire ses chaussures et on se lave les pieds avant d’entrer dans un lieu saint. En allant plus loin, il est plus honorant encore d’écarter toute souillure des vêtements et d’entrer dans le sanctuaire en état de propreté et de pureté, sans craindre les attaques des mauvais esprits, parce que Dieu est dans sa Maison. En conséquence, la nudité cultuelle peut être à la fois cathartique et prophylactique, à la fois nettoyante  et protectrice. Pourtant, elle n’était pas seulement pratiquée dans le sanctuaire, mais aussi peut être lors de processions religieuses. On déduit des peintures décoratives des vases attiques des 8ème et 9ème siècles avant notre ère que les femmes en deuil, et même la veuve elle-même, marchaient nues lors du cortège funèbre des citoyens athéniens. Plus près de nous, Pline note que lors des cérémonies religieuses en Grande-Bretagne dans l’Antiquité, les femmes et les demoiselles étaient complètement nues, elles s’étaient juste recouvertes d’une lotion solaire brune. Ces considérations peuvent justifier l’idée que toute sculpture en terre cuite de Mésopotamie représentant une femme nue ne figure pas nécessairement Ishtar, mais il s’agirait plutôt d’un substitut permanent représentant une femme enthousiaste. La figurine aurait donc représenté la femme dans l’acte du culte, elle a retiré tous ses vêtements et ses mains pressent ou soutiennent ses seins.

Périodiquement, des rites de fécondité étaient pratiqués par les femmes de Mésopotamie, de toute l’Asie et des régions entourant la Mer Intérieure (Méditerranée). Des écrivains ayant un sens différent de la moralité ont souvent affirmé que les femmes étaient en quelque sorte « souillées » par ces rites orgiaques, mais nous percevons maintenant les choses plus clairement et nous devons admettre que les femmes, comme plus tard les Thyiades d’Athènes et de Delphes, appréciaient ardemment et passionnément les rites de fertilité et estimaient que ces rites les sanctifiaient. En effet, il est évident qu’il s’agissait de distinctions et de privilèges pour les femmes de Babylone et nous sommes bien obligés de nous étonner du contraste entre leur sort et celui bien moins enviable qui est celui des femmes trois millénaires plus tard.

En parlant de ce passage, les sorcières m’ont fait remarquer les deux séries de gestes des mains qui sont si souvent décrites dans les représentations artistiques des femmes de cette période. L’une, les mains sur le plexus solaire, ressemble à un geste particulier de sorcière et elles pensent que l’autre, la présentation des deux seins avec les mains, représente la pleine lune et probablement le soleil comme objets de culte, de cette manière la femme symbolise le Dieu Soleil et la Déesse Lune, et c’est pourquoi tant de statuettes de cette époque représentent des femmes. Les hommes devaient être présents lors des rites et ils devaient être eux aussi totalement nus, mais ils ne pouvaient pas représenter la Déesse, on ne pouvait donc pas faire de représentation d’eux dédiée aux dieux. Là encore, c’est en conformité avec la coutume sorcière.

La Grande Prêtresse représente la Déesse, mais elle peut aussi parfois représenter le Dieu si c’est nécessaire (c’est à dire, si aucun homme de rang suffisamment élevé dans le culte n’est présent), mais aucun homme ne pourra jamais représenter la Déesse. En fait, pendant toute l’antiquité l’attitude envers les femmes semble avoir été très proche de ce qui se passe dans le culte des sorcières. Une femme est une personne privilégiée, tant qu’elle en est digne. C’est-à-dire qu’elle doit être bonne, charmante et généreuse. L’esprit chevaleresque est essentiel pour un païen. A l’époque Victorienne ça a été la mode pour les auteurs de considérer qu’autrefois la femme était désavantagée, qu’elle devait labourer les champs pendant que leur seigneur et maître partait à la guerre. Aujourd’hui, nous réalisons que la guerre crée des besoins et parfois des femmes confrontées à ces obligations sont devenues agricultrices et ont plutôt apprécié cette situation. Nous avons tendance à cacher le fait que cette liberté nouvellement acquise conduisit  à ce que les écrivains de l’époque victorienne n’ont osé que suggérer, à savoir que lorsque les femmes gagnaient une certaine liberté certaines faisaient ce qu’elles voulaient, en dépit de tous les enseignements de l'Eglise. Tous les groupes religieux se sont dits extrêmement choqués par les Kinsey Reports et ont dit que de telles choses n’étaient possibles qu’en Amérique et uniquement dans des communautés non religieuses. Ce qui est curieux à propos des Kinsey Reports c’est le pourcentage de relations pré-conjugales et post-conjugales chez les femmes de tous milieux, revenus, qu’elles soient pratiquantes ou non, étaient sensiblement les mêmes. Environ trente-quatre pour cent de l’ensemble des femmes interrogées ont parlé très librement de leur sexualité. Si l’on considère que les femmes qui sont des chrétiennes pratiquantes sont pour le moins susceptibles d’avoir du mal à admettre leur, disons, laxisme, nous ne pouvons que conclure que les proportions véritables sont beaucoup plus élevées. Un grand rapport publié par le Conseil d’Orientation du Mariage donne à peu près le même ratio pour l’Angleterre.



 
 

 

 

 

 

 

 

 

wica          wicca          Gerald Gardner