Origines Préhistoriques de la Sorcellerie (4)

par Gerald Gardner (traduction Ameth)

Il y a une célèbre grotte ornée à Cogul où l’on voit un certain nombre de femmes dansant autour d'un homme nu qui porte des jarretières, alors qu’il n'y avait pas de bas à cette époque. Il représente probablement le dieu et il s’agissait probablement d’une cérémonie magique pour lui donner de la puissance. Une de ces femmes semble tenir ce qui ressemble à un Athamé sorcier (un couteau magique), mais malheureusement à une date ultérieure quelqu'un a peint une bête à cornes par-dessus. Il s’agit peut être d’une coïncidence, mais la « jarretière » fait partie des insignes des sorcières et l'image dans son ensemble ressemble à un rassemblement de sorcières.
Il n’y a que peu de représentations de femmes sur les murs des cavernes, mais les gens qui vivaient à l’Age de Pierre ont fait des petites statuettes de femmes nues, très grosses, dont les organes sexuels sont mis en avant ; cela représente évidemment une inductrice ou une déesse de fertilité. Il est possible qu'ils admiraient les femmes grosses, la graisse est aujourd’hui un signe de beauté dans certaines régions d’Afrique. En tout cas, ils ont passé de nombreuses heures et montré un grand talent à graver ces figurines d’ivoire avec des outils en pierre. Nous pouvons présumer qu’ils le faisaient car ils vénéraient cette déesse et souhaitaient qu’elle les bénisse à une période où ces chasseurs sont devenus éleveurs et souhaitaient une progéniture abondante, pour eux comme pour leur bétail. Il est tout à fait possible que la première prêtresse était l'épouse du magicien (ou du représentant du dieu). Mais le matriarcat semble avoir été très commun dans les premiers temps et il est probable que, comme chez les sorcières aujourd'hui, le grand prêtre ou celui qui représentait le dieu était souvent l’époux de la grande prêtresse ou celle qui représentait la déesse. Alors que l’Homme sortait pour chasser ou s’occuper du bétail, la Femme, la Sorcière, restait à côté du feu et se chargeait de médecine et de sortilèges. Elle avait le temps d’exercer ce que nous pourrions appeler des pouvoirs naturels de perception extra-sensorielle que les primitifs devaient qualifier de « magie ». Pour mémoire, lorsque je parle de magie, que je pense à la magie qui existe réellement, pas ce à quoi pensent de nombreuses personnes quand on parle de magie. Ce n’est pas faire tourner une baguette magique et obtenir un résultat miraculeux ni dire une incantation et faire des signes et immédiatement cela fait apparaître un démon de carnaval. Une forme rythmique de mots (un charme) est parfois employée parfois par les sorcières, c’est une aide pour diriger la puissance une fois qu’elle est créée, mais le « magicien » doit tout d’abord créer cette puissance et savoir la diriger.
Il semble que certaines personnes soient nées avec des pouvoirs psychiques naturels. Elles ont découvert que certains rites et processus augmentaient ces pouvoirs et que s'ils les dirigeaient correctement ils pourraient les employer au bénéfice de la communauté. Ainsi la communauté a exigé qu'elles exécutent ces rites, à plus forte raison quand les gens ont découvert qu'ils pouvaient s'associer eux-mêmes aux rites, aidant la puissance à croître par des danses et d'autres manières encore. Cela signifiait que les sorcières ont dû apprendre à se servir de leur cerveau, car il y a des choses que vous pouvez faire par magie et il y a des choses qu’il sera impossible de faire : le sorcier africain est aujourd'hui mal vu, car il ne parvient pas à inventer une bonne excuse pour ne pas faire quelque chose qui est impossible et on peut le lui reprocher avec une lance. Ainsi je présume qu’autrefois les sorcières devaient aussi expliquer certaines choses et cela pouvait se faire grâce à des artifices ou par de la vraie magie.
En Grande-Bretagne, avant 3000 avant notre ère, il n’y avait que des tribus éparses de chasseurs de l’Age de Pierre. Ils étaient apparentés à ceux qui vivaient en France et en Espagne et avaient probablement les mêmes croyances. Nous les voyons généralement comme des gens qui vivaient dans des grottes, car nous trouvons fréquemment leurs restes dans des grottes, où ils se sont naturellement mieux conservés, mais la plupart d'entre eux avaient une vie assez proche de celle des indiens Peaux-Rouges en Amérique il y a quelques siècles. Ils vivaient dans des tipis faits de peaux de bêtes ou des cabanes en terre, se déplaçant dans les environs pour s’amuser et, comme les Peaux-Rouges, les Zoulous, les Pictes, les Ecossais et les Irlandais d’il y a de trois cents ans, ils étaient souvent presque nus, portant uniquement une peau comme couverture pour se protéger du vent, comme l’Irlandais portait sa grande cape et l’Ecossais son plaid pour le même motif. Comme ils ne craignaient pas la nudité, ils étaient robustes et en bonne santé, car le soleil et l'air frais sont les meilleures des médecines, mais je reparlerais de cela. Nous ne pouvons qu’imaginer ce qu’étaient leurs idées religieuses, bien que, comme je l’ai dit, je crois qu’ils avaient un dieu cornu de la chasse et une déesse nue de la fertilité. Ils ont enterré des objets avec leurs morts, il semble ainsi qu’ils croyaient en une vie future ou un autre monde et nous pouvons raisonnablement penser qu’ils reliaient cela d’une manière ou d’une autre avec leurs dieux. Leur principale forme de culte était probablement la danse, une danse de groupe exécutée avec une ferveur fanatique dans un cercle, car par les cercles qu’ils ont construit dans les profondeurs des grottes, ils concevaient évidemment qu’un cercle construit magiquement conserve la puissance. Ils avaient probablement des tambours rustiques. Il y a une grotte ornée en France où l’on voit un homme vêtu de peaux avec des cornes de taureau danser et faire vibrer la corde d'un petit arc. Il est probable que si un certain nombre de personnes font résonner des cordes d’arcs, elles peuvent produire un effet proche de la harpe. Il s’agissait probablement d’une danse symbolique exécutée avec frénésie jusqu’à ce qu’ils atteignent un état extatique. Pour les primitifs, la danse est une prière par laquelle ils peuvent atteindre une union avec les dieux.
On a beaucoup dit que dans l’Antiquité les Britanniques n’étaient que des « sauvages nus ». Ces premiers Britanniques vivaient un peu comme les nudistes d’aujourd’hui. Ils étaient propres et en bonne santé ; en fait, ils étaient certainement bien plus propres et en meilleure santé que, par exemple, les habitants des villes du moyen-âge infestées par les rats et les épidémies de peste, où les ordures s’amassaient dans les rues et où les gens considéraient qu’il était dangereux de prendre un bain. Ils vivaient aussi bien mieux que les habitants des taudis d’aujourd’hui. Ces premiers britanniques n’avaient pas toutes ces maladies d'origine nerveuse qui nous envahissent aujourd’hui, et, comme les femmes modernes dans nos pays le remarquent, si vous faites du nudiste, il est bien plus rare que vous ayez des ennuis ou des douleurs liées à une grossesse. Il y a de nombreuses années, les médecins dans les colonies se demandaient pourquoi les femmes indigènes pouvaient être enceintes sans avoir d’ennuis et pouvaient aller travailler le jour suivant leur accouchement. Ils connaissent maintenant la réponse : la femme indigène qui adopte la « civilisation » et porte des vêtements a autant d’ennuis et de douleurs lorsqu’elle est enceinte que les femmes européennes, même si la science moderne peut alléger une grande partie des troubles provoqués par la « civilisation ».

 

  

 

 

 

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