Origines Préhistoriques de la Sorcellerie (3)

par Gerald Gardner (traduction Ameth)

J'ai déjà dit que les paysans en France et en Espagne savaient ce que signifiaient les statues d’animaux en argile qui étaient transpercées par des lances, parce qu’au vingtième siècle ils chassaient toujours les loups de cette manière. Cette coutume ou ce savoir magique dont ils ont hérité est passé du père au fils depuis dix ou douze mille ans. Toutes sortes de personnes avaient occupé tour à tour le pays, parlant parfois des langues différentes, mais toutes ces invasions n’ont eu que pour conséquence que de nouvelles personnes sont arrivées et ont probablement confisqué les meilleurs lopins de terre et certaines femmes. Les habitants originaux furent écartés et durent se contenter des terres moins fertiles ; mais quelques générations plus tard, à part peut-être une partie des « dirigeants » ou de la noblesse, les habitants originaux avaient repris leur place. Rudyard Kipling en parle dans un livre où il met en scène un lopin de terre au cours des âges, avec ses différents seigneurs et propriétaires et la famille Hobden qui y a vécu sans interruption et l’a travaillé comme ils savaient le faire, cela se termine par :
    « … car d’après ce que je comprends, quel que soit celui qui paye les taxes, c’est Hobden qui possède la terre ».

En tout cas, c’est comme ça en Angleterre et aussi ailleurs aujourd'hui. Les plus anciennes familles sont les « sorcières » héréditaires ou « les gens sages », bien que malheureusement elles n'aient pas conservé de traces de leur arbre généalogique.
Je ne peux pas dire quand exactement le culte est devenu une religion, mais il y a une célèbre fresque préhistorique dans une caverne en France (la grotte des Trois Frères en Ariège). On appelle habituellement cette fresque « le magicien ». On y voit incontestablement un homme vêtu d’un masque et d’une peau de bête avec des cornes sur la tête. De toute évidence, il joue rituellement le rôle d’un animal. A l’Age de Pierre, quand l'homme ne possédait aucune arme en métal, il ne pouvait compter que sur des couteaux, des lances, des haches et des flèches fabriquées à partir de silex ou de pierre. Ce n’était pas facile de tuer un grand cerf ou un buffle avec de telles armes ; ainsi les chasseurs de l’Age de Pierre ont adopté une stratégie qui consistait à attirer un troupeau dans un piège dont il ne pourrait pas s’échapper, puis ils tuaient les animaux en leur envoyant des flèches ou en les faisant tomber d’une falaise ou dans un puits. Ils les récupéraient ensuite et se les partageaient. Des anthropologues ont suggéré que pour obtenir du gibier là où les chasseurs le souhaitaient, un d’entre eux, probablement le chef car il devait être brave et rusé, se déguisait avec les cornes et la peau d'un animal afin d'agir comme un leurre. Certaines tribus primitives chassent encore ainsi aujourd'hui. Quand j'étais à Bornéo, il y a cinquante ans, le gouvernement avait confisqué les pistolets de tous les particuliers. Les tribus partaient à la chasse aux cerfs avec une paire de bois de cerf montée sur un pieu. Un homme avec ces andouillers rampait jusqu'au bon endroit, les autres chasseurs se plaçaient de l'autre côté du troupeau. Un des chasseurs hurlait pour effrayer les animaux, alors l'homme avec les bois de cerf dressait le pieu et se mettait à courir. Le troupeau de cerfs, voyant des andouillers se déplacer, courrait derrière lui et le suivait jusqu’à un marais, où l'homme avec les bois avait précédemment préparé un endroit où il pourrait courir en sécurité et s'échapper. Dans le marais il était facile de tuer les cerfs. La région était couverte de broussaille de 1 mètre 50 à 1 m 80 de haut, il n'était donc pas nécessaire de porter des peaux en plus des andouillers ; mais, en Europe, le pays semblait plus dégagé, en conséquence un déguisement plus complet devait être nécessaire.
Il est très probable que l'homme qui prenait la tête de la chasse était aussi celui qui dirigeait les cérémonies magiques et qui est devenu le prêtre de la tribu, car à cette époque la religion et la magie étaient étroitement liées. On contactait les dieux pour conserver un lien avec les forces de vie et ces forces étaient identifiées aux forces de magie et de fertilité. Il était aussi d'usage, chez les premiers hommes, et cela jusqu’à une période relativement tardive, que le prêtre s’identifie et soit identifié avec le dieu qu'il servait. En conséquence, le chasseur à cornes est devenu le prêtre-magicien cornu puis par la suite le Dieu Cornu.
Mais le Dieu Cornu avait une autre fonction que d’être celui qui fourni la nourriture. Il était également celui qui traitait avec la mort. C'était suite à sa danse magique que le grand cerf a été tué. Le chasseur savait que lui aussi un jour devrait quitter ce monde et passer par les portes de la mort. Je ne pense pas que les primitifs étaient aussi effrayés par la mort que les gens d’aujourd’hui. Vivant plus près de la nature, leurs pouvoirs psychiques étaient plus actifs et l’idée de communiquer avec leurs parents et amis décédés ne leur était pas étrangère. Ils considéraient cela comme une chose tout à fait normale. Ainsi les sorcières, chez qui cette croyance ancienne est encore préservée sous forme fragmentaire, n’ont pas peur du Dieu Cornu sous sa forme de Seigneur des Portes de la Mort. Pour les sorcières, il n’y a pas « d’enfer » de feu comme l’imaginent certains chrétiens. Leur vision de l’au-delà est plus un lieu où l’on se repose et où l’on se régénère, un lieu où les gens attendent leur tour pour revenir sur cette terre. Il s’agit bien-sûr là du concept de la réincarnation qui est très répandue dans les peuplades primitives de toutes sortes. Pour elles, l'endroit le plus logique d’où viennent les âmes des nouveau-nés est le Pays des Morts où il y a abondance d’âmes dans l’attente d’un autre corps. Ainsi le « Seigneur des Portes de la Mort » est aussi le dieu phallique de la fertilité, celui qui « Ouvre les Portes de Vie ». C'est la raison pour laquelle le dieu des sorcières a été incorporé au Panthéon romain sous la forme de Janus, le dieu à deux visages qui était le Gardien des Portes. Lui et sa compagne Diane sont deux des déités les plus anciennes d'Europe Occidentale et, selon le Canon Episcopi du début du dixième siècle, Diane est la déesse des sorcières.

 

  

 

 

 

 

 

 

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