Druidisme et les celtes Aryens (3)

par Gerald Gardner (traduction Ameth)

On a toujours su que les sorcières avaient certains mots, tels que Coven et Athamé, qui ne semblaient appartenir à aucune langue connue. Le fait que des gens qui n’étaient pas forcement des sorcières aient employé ces mots autrefois complique encore la chose. J’étais sorcière depuis longtemps avant de réaliser que certaines d'entre elles savaient qu’il y avait une « ancienne langue » connue seulement de quelque uns. Je ne pense pas que quelqu’un puisse vraiment bien la parler, mais elles connaissent un grand nombre de mots, concernant principalement ce qui touche la sorcellerie. De nos jours, c’est devenu une sorte d'argot amusant et certaines expressions qui seraient des « mots de sorcières » sont évidemment « biaisés », comme « donner un coup de pied au vent » - leur expression pour être pendue. Bien sûr cela date de l’époque où les sorcières et d'autres étaient publiquement exécutés en étant lentement étranglés (avant que la « trappe » ne soit inventée).
Certains mots qu’elles emploient, comme « Vavasour » (celui qui s’occupe de terres pour d’autres personnes), sont probablement des mots franco-normands. D'autres mots sont apparemment celtiques, mais le corpus principal de la langue est fait de mots comme « Halch », « Dwale », « Warrik », « Ganch », etc., qui semblent appartenir à une langue plus ancienne. Malheureusement, les sorcières ne m’autorisent pas à en donner la signification ou à citer plus d’anciens mots.
Il semble que dans l'idée originale de la royauté, le roi est le représentant terrestre du dieu. C’était le cas en Egypte, à Sumer, et en Grèce antique. En Egypte, à partir de 2750 avant J.C., le roi était Ra, le dieu-soleil, ou Osiris, une déité d’apparence terrestre. Dans ses veines coulait l'ichor de Ra, l’or des dieux et des déesses. Sa tâche était d'assurer la prospérité de la terre et des personnes, de rendre le sol fertile, de préserver les eaux qui donnent la vie du Nil, la fertilité des femmes, etc…. C'était aussi le cas à Sumer, mais pour la préserver, le roi devait faire une sorte de mariage sacré avec la déesse de la fertilité, personnifiée par sa prêtresse. Là où l’on observait la doctrine du roi divin, comme en Grande-Bretagne, le roi était chargé de faire en sorte que la terre soit féconde. Si les récoltes étaient mauvaises, le roi en était jugé responsable. Il devait avoir d’une manière ou d’une autre contrarié les dieux. De même, si le roi était malmené, les récoltes risquaient d’être mauvaises. En Irlande, quand les clans vassaux se sont révoltés sous le règne de Tuayhal Teachtmhor au 1er siècle après Jésus Christ, il y a eu une famine. C’est la révolte qui en fut jugée responsable. Si l'épouse du roi n'était pas vertueuse, la terre risquait de ne pas être féconde. Par son mariage, le roi divin favorisait la fertilité du pays. Lors du festival de Lughnassad (Lammas), les rois irlandais contractaient un mariage rituel avec une prêtresse qui représentait la terre d’Irlande. Un peu comme le faisait le prêtre de Nemi lorsque la représentante de Diane, déesse de la terre, épousait chaque année le Roi des Forêts (le dieu de la chasse ?). Ici nous voyons que les druides, comme les prêtres sumériens, protégeaient le roi et conduisaient un culte de fertilité, qui apparemment exigeait une classe de prêtresses.
Les druides pratiquaient l’astrologie et la divination et je pense qu’il est possible qu’il s’agissait de coutumes locales remontant au moins à l’époque des invasions de l’âge en bronze, époque où les proto-celtes sont venus ici et ont construit Stonehenge. La classe sacerdotale des femmes, qui représentaient la déesse du pays lors du mariage sacré, était probablement composée de sorcières, les femmes sages, initiées aux anciens mystères. Comme nous l’avons déjà vu, les sorcières partagent la croyance des druides en la réincarnation.
Les prophéties de « Baile » sont comparables aux pratiques sorcières ; il en est de même pour « Taghairm », même si les sorcières pratiquent sans tuer d’animaux. Certains auteurs disent que comme Boadicée agissait sans druide, cela signifie qu’il n’y avait pas de druides à son époque (61 après J.C.). Je pense que cela prouve plutôt le contraire. Sous le règne de l’Empereur Claudius (41-54 après J.C.), les Romains avaient supprimé les druides dans les territoires de Grande-Bretagne et de Gaule qui étaient sous domination romaine, apparemment parce que la religion professée par les druides était barbare et inhumaine. Ils n’avaient pas réalisé la force du culte sorcier ou, alors qu’un homme peut ne pas incarner la déesse, une grande prêtresse, en portant une épée rituelle, peut incarner le dieu. On remarquera que Boadicée faisait de la divination en observant ce que faisait un lièvre. Dio, dans son « Histoire romaine », dit : « Quand la reine britannique Boadicée avait fini de parler à son peuple, elle faisait une sorte de divination en laissant s’échapper un lièvre des plis de sa robe. S’il partait vers le côté considéré comme favorable, la foule criait avec plaisir et Boadicée, levant sa main vers le ciel, disait : « je te remercie Andraste… Je te supplie et je te prie de m’accorder la victoire ». Andraste était une déesse britannique ; on dit qu’elle donna son nom à une partie d’un pays qu’on appelait autrefois Anderida. Son nom ressemble beaucoup à celui de la très ancienne déesse grecque Andrasteia. Andrasteia était l'une des trois nourrices de Zeus dans la grotte de Dictée. Plus tard, les Grecs l’ont identifiée à Némésis. Ces trois déesses (les autres deux se sont Io et Amalthée) étaient les gardiennes de la Cornucopie ou Corne d’Abondance, un attribut qui est souvent représenté sur les statues celtes représentant les trois mères (c.-à-d. la triple déesse lunaire). Si cette identification est correcte, Boadicée invoquait la déesse lunaire sous son aspect destructif, celle de la lune décroissante, symbolisée par une vieille femme effroyable, et priait pour obtenir une vengeance sur les Romains pour ce qu’ils lui avaient fait (elle avait été chassée de son royaume, fouettée comme une criminelle et ses filles avaient été violées par les soldats romains). Depuis des temps immémoriaux, le lièvre est un animal lunaire sacré. C’était donc un animal approprié pour une disciple d'une déesse lunaire, pour faire de la divination. Plus tard, on a souvent associé de manière traditionnellement les lièvres aux sorcières. Comme Boadicée a libéré le lièvre caché dans sa robe, il devait être apprivoisé. Est-ce le plus ancien exemple « d’une sorcière et son familier » ?

 

  

 

 

 

 

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