On a toujours su que les sorcières
avaient certains mots, tels que Coven et Athamé, qui ne semblaient appartenir à
aucune langue connue. Le fait que des gens qui n’étaient pas forcement des
sorcières aient employé ces mots autrefois complique encore la chose. J’étais
sorcière depuis longtemps avant de réaliser que certaines d'entre elles savaient
qu’il y avait une « ancienne langue » connue seulement de quelque uns. Je ne
pense pas que quelqu’un puisse vraiment bien la parler, mais elles connaissent
un grand nombre de mots, concernant principalement ce qui touche la sorcellerie.
De nos jours, c’est devenu une sorte d'argot amusant et certaines expressions
qui seraient des « mots de sorcières » sont évidemment « biaisés », comme «
donner un coup de pied au vent » - leur expression pour être pendue. Bien sûr
cela date de l’époque où les sorcières et d'autres étaient publiquement exécutés
en étant lentement étranglés (avant que la « trappe » ne soit inventée).
Certains mots qu’elles emploient, comme « Vavasour » (celui qui s’occupe de
terres pour d’autres personnes), sont probablement des mots franco-normands.
D'autres mots sont apparemment celtiques, mais le corpus principal de la langue
est fait de mots comme « Halch », « Dwale », « Warrik », « Ganch », etc., qui
semblent appartenir à une langue plus ancienne. Malheureusement, les sorcières
ne m’autorisent pas à en donner la signification ou à citer plus d’anciens mots.
Il semble que dans l'idée originale de la royauté, le roi est le représentant
terrestre du dieu. C’était le cas en Egypte, à Sumer, et en Grèce antique. En
Egypte, à partir de 2750 avant J.C., le roi était Ra, le dieu-soleil, ou Osiris,
une déité d’apparence terrestre. Dans ses veines coulait l'ichor de Ra, l’or des
dieux et des déesses. Sa tâche était d'assurer la prospérité de la terre et des
personnes, de rendre le sol fertile, de préserver les eaux qui donnent la vie du
Nil, la fertilité des femmes, etc…. C'était aussi le cas à Sumer, mais pour la
préserver, le roi devait faire une sorte de mariage sacré avec la déesse de la
fertilité, personnifiée par sa prêtresse. Là où l’on observait la doctrine du
roi divin, comme en Grande-Bretagne, le roi était chargé de faire en sorte que
la terre soit féconde. Si les récoltes étaient mauvaises, le roi en était jugé
responsable. Il devait avoir d’une manière ou d’une autre contrarié les dieux.
De même, si le roi était malmené, les récoltes risquaient d’être mauvaises. En
Irlande, quand les clans vassaux se sont révoltés sous le règne de Tuayhal
Teachtmhor au 1er siècle après Jésus Christ, il y a eu une famine. C’est la
révolte qui en fut jugée responsable. Si l'épouse du roi n'était pas vertueuse,
la terre risquait de ne pas être féconde. Par son mariage, le roi divin
favorisait la fertilité du pays. Lors du festival de Lughnassad (Lammas), les
rois irlandais contractaient un mariage rituel avec une prêtresse qui
représentait la terre d’Irlande. Un peu comme le faisait le prêtre de Nemi
lorsque la représentante de Diane, déesse de la terre, épousait chaque année le
Roi des Forêts (le dieu de la chasse ?). Ici nous voyons que les druides, comme
les prêtres sumériens, protégeaient le roi et conduisaient un culte de
fertilité, qui apparemment exigeait une classe de prêtresses.
Les druides pratiquaient l’astrologie et la divination et je pense qu’il est
possible qu’il s’agissait de coutumes locales remontant au moins à l’époque des
invasions de l’âge en bronze, époque où les proto-celtes sont venus ici et ont
construit Stonehenge. La classe sacerdotale des femmes, qui représentaient la
déesse du pays lors du mariage sacré, était probablement composée de sorcières,
les femmes sages, initiées aux anciens mystères. Comme nous l’avons déjà vu, les
sorcières partagent la croyance des druides en la réincarnation.
Les prophéties de « Baile » sont comparables aux pratiques sorcières ; il en est
de même pour « Taghairm », même si les sorcières pratiquent sans tuer d’animaux.
Certains auteurs disent que comme Boadicée agissait sans druide, cela signifie
qu’il n’y avait pas de druides à son époque (61 après J.C.). Je pense que cela
prouve plutôt le contraire. Sous le règne de l’Empereur Claudius (41-54 après
J.C.), les Romains avaient supprimé les druides dans les territoires de
Grande-Bretagne et de Gaule qui étaient sous domination romaine, apparemment
parce que la religion professée par les druides était barbare et inhumaine. Ils
n’avaient pas réalisé la force du culte sorcier ou, alors qu’un homme peut ne
pas incarner la déesse, une grande prêtresse, en portant une épée rituelle, peut
incarner le dieu. On remarquera que Boadicée faisait de la divination en
observant ce que faisait un lièvre. Dio, dans son « Histoire romaine », dit : «
Quand la reine britannique Boadicée avait fini de parler à son peuple, elle
faisait une sorte de divination en laissant s’échapper un lièvre des plis de sa
robe. S’il partait vers le côté considéré comme favorable, la foule criait avec
plaisir et Boadicée, levant sa main vers le ciel, disait : « je te remercie
Andraste… Je te supplie et je te prie de m’accorder la victoire ». Andraste
était une déesse britannique ; on dit qu’elle donna son nom à une partie d’un
pays qu’on appelait autrefois Anderida. Son nom ressemble beaucoup à celui de la
très ancienne déesse grecque Andrasteia. Andrasteia était l'une des trois
nourrices de Zeus dans la grotte de Dictée. Plus tard, les Grecs l’ont
identifiée à Némésis. Ces trois déesses (les autres deux se sont Io et Amalthée)
étaient les gardiennes de la Cornucopie ou Corne d’Abondance, un attribut qui
est souvent représenté sur les statues celtes représentant les trois mères
(c.-à-d. la triple déesse lunaire). Si cette identification est correcte,
Boadicée invoquait la déesse lunaire sous son aspect destructif, celle de la
lune décroissante, symbolisée par une vieille femme effroyable, et priait pour
obtenir une vengeance sur les Romains pour ce qu’ils lui avaient fait (elle
avait été chassée de son royaume, fouettée comme une criminelle et ses filles
avaient été violées par les soldats romains). Depuis des temps immémoriaux, le
lièvre est un animal lunaire sacré. C’était donc un animal approprié pour une
disciple d'une déesse lunaire, pour faire de la divination. Plus tard, on a
souvent associé de manière traditionnellement les lièvres aux sorcières. Comme
Boadicée a libéré le lièvre caché dans sa robe, il devait être apprivoisé.
Est-ce le plus ancien exemple « d’une sorcière et son familier » ?
wica wicca Gerald Gardner