Que sont les Sorcières ?

par Gerald Gardner (traduction Ameth)

Les prêtres et même certains évêques participaient à des rituels de fertilité. Si un prêtre mettait un masque et allait danser, il pouvait demeurer incognito - ou il pouvait être reconnu et s’en moquer.
Quand la religion d'Etat est devenue officiellement et réellement chrétienne, l’Eglise a obtenu un vrai pouvoir, ce qui a fait qu’il fallait être d’accord avec elle et qu’on s’attendait à ce que tous les gens respectables se conforment aux principes chrétiens, au moins en public et, lentement, c’est ce qui s’est passé. Les gens respectables savaient tout ce qui se passait dans la lande, mais ils considéraient cela comme le faisaient les bons bourgeois d’Ecosse, il y a 300 ans, vis-à-vis des habitants des Highlands, qu’ils considéraient comme des rustres, des impies, des maraudeurs avec qui nulle personne respectable « vivant au sud des montagnes » n’aurait admis avoir des relations. Mais, ces mêmes personnes respectables faisaient du négoce avec eux, leur achetaient du bétail volé, leur demandaient de l'aide quand besoin s’en faisait sentir, trouvaient refuge chez eux et se mariaient même avec eux et en étaient plutôt fières. Quand ils se rendaient dans les Highlands, les jeunes à la recherche d'aventure, ou d’une bien-aimée, allaient souvent à la rencontre de ces « gens impossibles » et je pense que c'était aussi comme cela en Angleterre avant 1220.
Quand le Pape a fait de la chirurgie et de la sorcellerie des crimes, pratiquement tout le monde savait qui était qui et exterminer le Petit Peuple fut facile. Puis le tour des sorcières des villes est arrivé. Là encore ce fut facile, car il s’agissait de personnes qui vivaient bien et qu’il était rentable de piller. La plupart d’entre elles furent exterminées et torturées. Mais ils étaient aussi des gens qui avaient le plus de valeur pour la communauté, c’était des gens qui ont fait des choses, il y avait entre autres le forgeron, le bâtisseur et les fermiers qui faisaient pousser ce qu’on mange. La noblesse a probablement protégé ceux qu'elle pouvait protéger, mais de nombreux nobles ont été attaqués et condamnés, comme le fut la Duchesse de Gloucester et Margery Jourdemain, la Sorcière de Eye.
On dit que le Roi Edouard III a sauvé une sorcière de la torture lors de l’histoire célèbre qui fut, dit-on, à l'origine de la création de l'Ordre de la Jarretière. Il dansait avec la Comtesse de Salisbury quand la Jarretière rituelle de la comtesse, preuve de son haut rang dans le culte, tomba au sol. Avec des Evêques à proximité c'était dangereux ; aussi le Roi, sachant ce que c’était, a pris la jarretière et l'a mise sur sa jambe propre, en disant :
« Honi soit qui Mal y pense. »
Pour les Victoriens, la jarretière était plutôt vulgaire, mais ils s’envoyaient de jolies cartes de Noël représentant « la Comtesse Rougissante » ; mais les dames de cette époque, et celle-là en particulier, étaient dotées d'une grande force de caractère et il aurait fallu plus qu'une jarretière pour les faire rougir. La rapidité du Roi à rattraper la situation l'a quasiment placé dans la position d’incarner dieu dans les yeux de ses sujets les plus païens. Il s’en est suivi l’instauration d'un Ordre de douze Chevaliers pour le Roi et de douze pour le Prince du Pays de Galles, c'est-à-dire vingt-six membres en tout, ou deux coven
Les paroles de Froissart impliquent qu’Edouard avait parfaitement compris la signification cachée de la Jarretière, car il dit : « le Roi leur a dit que cela devait prouver qu’il y avait un excellent moyen d’unir non seulement ses sujets les uns avec les autres, mais aussi avec tous les étrangers, créant ainsi des liens d'amitié et de paix ».
Le Docteur Murray fait remarquer que la cape du Roi, en tant que chef de l'Ordre, était couverte de cent soixante-huit jarretières, qu’avec la sienne qu’il portait au mollet cela faisait cent soixante-neuf ou treize fois treize : c'est-à-dire treize covens. On me dit qu'il y a longtemps il y avait parfois autant de coven sorciers avec un leader commun. Il faut aussi noter que le Livre Noir contenant l'institution de la Jarretière a été emporté et détruit peu de temps après la mort d’Edouard III. J'ai vu deux jarretières de sorcières. Elles étaient en peau de serpent vert avec des boucles en or ou en argent et étaient doublées de soie bleue. Elles étaient portées au-dessus du genou gauche. Ce sont des insignes de rang.
A ce sujet, quelqu'un peut-il me dire exactement quelle est la signification du double « SS » sur la Jarretière ? On dit parfois que ce signe est là pour la Vierge, parfois le Saint-Esprit (Sanctus Spiritus). L'Ordre de la Jarretière est consacré à la Vierge, c’est vrai, mais je ne vois pas comment il peut faire référence à la Vierge. Il ne semble pas non plus qu’il soit consacré au Saint-Esprit. Je pose cette question, car j’ai observé ce signe sur tous les Athamés que j’ai vus et sur de nombreux outils sorciers – et j’en ai vu beaucoup en plus de ceux dans ma propre collection – on y voit un certain nombre de signes gravés.
Ce sont toujours les mêmes, et dans le même ordre, et ils ont les mêmes significations. Il est nécessaire que ces signes soient gravés avant que les outils ne soient consacrés (à l’époque des bûchers, ils étaient inscrits à l'encre et effacés à l'eau après la consécration). Le troisième signe est « SS » : c'est-à-dire deux « S » comme ceux utilisés sur la Jarretière. Les sorcières ont leur propre interprétation de ce signe (et ce n'est ni la Vierge ni le Saint-Esprit).

 

 

    

 

 

 

 

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