par Gerald Gardner (traduction Ameth)
Comme je l’ai mentionné brièvement dans
le chapitre précédent, ceux qu’on appelait le « Peuple des Gobelets » ont
commencé à venir en Grande Bretagne en provenance d’Espagne par la France et le
Rhin vers l’an 2000 avant notre ère. Ils ont emporté avec eux des armes en
bronze et on considère généralement que leur arrivée marque le début de l’Age du
Bronze en Grande-Bretagne. A la différence des peuples du néolithique, qui,
comme nous l’avons vu, ont construit de grands tombeaux communs, de longs
tertres, ces immigrés qui utilisaient le bronze enterraient leurs morts
individuellement dans des tertres circulaires. Ils étendaient les corps dans
leurs tombes de façon curieuse : « accroupis avec les genoux tout près du
menton. Les cadavres devaient avoir été attachés sur place » comme ont dit
Jacquetta et Christopher Hawkes dans leur « Prehistoric Britain ». Un corps
couché sur le côté dans cette position sous un petit monticule de terre pouvait
évoquer un enfant dans le ventre de sa mère. En d’autres termes, ils couchaient
leurs morts dans l’utérus de la Terre pour qu’ils naissent à nouveau lorsque le
moment sera venu. Cette coutume pourrait bien être un témoin muet d’une croyance
en la réincarnation. Avec le corps, on déposait quelques biens précieux, tels
que des armes et des bijoux et un de leurs gobelets de forme caractéristique.
Nous savons que, dans l’Antiquité, les Egyptiens déposaient des biens de valeur
avec leurs morts et nous savons pourquoi : ils pensaient que la personne, où son
« esprit-fantôme », pourrait utiliser ces objets dans l’autre monde. On peut
ainsi penser que le « Peuple des Gobelets » pensait la même chose.
On pense que ce sont ces gens qui ont construit Stonehenge, entre 1800 et 1200
avant notre ère. Il semble qu’ils aient aussi construit Avebury (l’avenue et les
cercles intérieurs) vers 2000 avant notre ère.
A Avebury, l’avenue se compose de pierres, par paires, qui ont été vaguement
dressées l’une en face de l’autre. Une pierre est toujours longue et fine alors
que l’autre est petite et en forme d’amande ; il s’agit évidemment des principes
masculins et féminins. Je peux peut-être mieux expliquer cela en citant ce qu’a
dit Gérald Yorke dans un essai sur la religion des Tantriques d’Inde : « Elle
recherche la spiritualité par les sens tout en niant leurs validités. C’est une
religion de lumière, de vie et d’amour, dans laquelle la déesse nue Kali porte
un chapelet de crânes autour du cou. C’est une religion où le sexe est considéré
comme sacré et est librement représenté dans la sculpture des temples. La
musique, la danse et la tragédie n’ont pas été désacralisé comme en Occident...
Dans le Macrocosme, c’est-à-dire, l’Univers des Hindous, le Soleil représente
l’aspect créateur de Dieu... la lune est le principe réceptif. Dans le
Microcosme, c’est-à-dire l’homme et la femme, ces deux planètes sont remplacées
par le lingam et le yoni, qui sont célébrés dans des temples qui leurs sont
consacrés ». Le « lingam » et le « yoni » sont respectivement les organes
génitaux masculin et féminin.
Même si je pense qu’il n’y avait aucun lien direct entre l’Inde et la
Grande-Bretagne, je crois qu’il y a une forme naturelle de religion qui était
universelle dans le cœur des hommes. Elle était universelle parce qu’elle est
fondée sur certains faits.
De nos jours, chaque ecclésiastique de l’Eglise d’Angleterre doit étudier les «
Preuves » de Paley pour être diplômé et l’argument principal de Paley quant à
l’existence de Dieu est celui-ci : « Supposons que vous trouviez une montre. En
la regardant, on réalise que ce n’est pas objet naturel, ainsi son existence
dépend d’un concepteur et d’un créateur, qui pourraient être humains. Mais, si
cette montre était un ensemble complet de machines qui permettraient à cette
montre de fabriquer de nombreuses autres montres, chacune équipée de toutes les
machines lui permettant de construire de nombreuses autres montres, la
conception et la création d’un tel objet impliqueraient l’existence de Dieu ».
C’est une manière policée de faire une analogie avec la reproduction humaine,
mais l’homme primitif n’était pas prude. Pour lui, le phallus et son pendant
féminin étaient la seule représentation raisonnable de l’énergie créatrice
Divine. Ainsi, en Palestine, dans les périodes antiques, il semble qu’ils
avaient la même opposition à sculpter les pierres qu’ils dressaient que dans
l’ancienne Grande-Bretagne. Ils recherchaient des pierres ayant naturellement
cette forme. La Bible raconte que les « Asserim », les piliers jumeaux sacrés
qui étaient érigés dans les bosquets semblent avoir été de cette nature
symbolique.
Dans le monde antique, comme de nos jours dans les « Preuves » de Paley, les
pouvoirs de reproduction étaient attribués à la générosité de Dieu et personne à
cette époque n’aurait osé penser que ce qui était le symbole vivant et la preuve
de Dieu était « impropre ».
Des juifs ont pu venir en Grande-Bretagne dans les bateaux crétois, mycéniens ou
phéniciens. Je ne pense pas qu’ils aient eu des comptoirs ici, comme certains
l’ont affirmé, mais je pense qu’ils sont venus comme négociants et qu’ils ont vu
ici exactement ce qu’ils voyaient chez eux, ce qu’ils appelaient des « Lieux
Elevés » ou des « Bosquets ».
Les gens de l’Age de Bronze qui ont construit Stonehenge semblent avoir eu les
mêmes croyances. En tout cas, selon la croyance sorcière le « fer à cheval » de
pierre à l’intérieur de Stonehenge représente l’utérus et ce qu’il faudrait
observer au lever de soleil lors du Solstice d’Eté, le jour le plus long, est
l’ombre de la pierre de Hele qui pénètre cet « utérus » lorsque le soleil se
lève et le féconde pour l’année à venir. Localement, il est d’usage d’observer
cela, bien qu’on dise généralement que ce qu’il faut voir c’est le lever de
soleil au-dessus de la Pierre de Hele, qui a bien sûr une forme de phallus.
wica wicca Gerald Gardner