Souvenirs et Croyances Sorcières (3)

par Gerald Gardner (traduction Ameth)

 

On a l’habitude de dire que, pour devenir sorcière, une personne doit abjurer la foi chrétienne ; ce n’est pas vrai, mais les sorcières n’accepteraient pas parmi elles quelqu’un qui serait trop profondément chrétien. Elles ne pensent pas que le vrai Jésus était littéralement le Fils de Dieu, mais elles sont prêtes à accepter qu’il fut un Eclairé ou un saint homme. Voilà pourquoi elles ne pensent pas que les sorcières étaient hypocrites « à l’époque des persécutions » en allant à l’église et en honorant le Christ, surtout que de très nombreux mythes liés aux héros solaires ont été incorporés au christianisme, alors que d’autres se rapprochent de la Vierge qui est très proche de leur Déesse du ciel. Autrefois, aller à l’église était obligatoire et s’y soustraire était à la fois répréhensible et dangereux, en ce que cela attirait la suspicion, mais ce n’est plus d’actualité.
Il faut comprendre que, pendant les deux derniers millénaires, les sorcières étaient les prêtresses des villages, des hommes et des femmes sages… Elles se chargeaient des rites qui apportaient la prospérité à la communauté. Ces rites étaient différents, mais nullement opposés à ceux de la religion officielle qui était tout d’abord le druidisme. Plus tard, les druides ont contacté les premiers missionnaires chrétiens, qui peuvent avoir été conduits par Joseph d’Arimathie. Ils avaient depuis bien longtemps un dieu nommé Hesus et une tradition où il y était question d’un Enfant Divin ; il ne leur fut donc pas difficile d’accepter l’enseignement du christianisme primitif. Cela les a éloignés encore plus du culte sorcier, mais il n’y a aucune preuve d’un antagonisme entre les druides et les sorcières.
Il y eut ensuite les invasions romaines, puis saxonnes. Les rois, les nobles et les druides christianisés ont beaucoup souffert et nombreux sont ceux qui sont partis en Ireland et en Ecosse, comme l’ont fait de nombreux artisans et bijoutiers talentueux (et une grande partie du magnifique art irlandais fut l’œuvre des artisans britanniques) ; mais, contrairement à ce qu’on pense d’habitude, la plus grande partie de la population est restée dans les villages. Les Saxons, tout d’abord païens, ont été convertis au christianisme par les missionnaires de Rome et des lois contre les sorcières ont été faites.
Après la conquête normande, les Saxons sont devenus une race de serfs sous le joug de leurs maîtres normands. Plus tard, les deux races se sont mêlées et on a célébré des mariages mixtes et ils sont devenus Anglais au lieu de Britons et de Saxons. Comme il ne reste plus de trace du culte saxon, il ne semble pas qu’il y a eu des sorcières saxonnes, mais, lorsque les Normands sont arrivés, ils avaient une tradition proche de la sorcellerie.
Je ne sais pas si cela venait de Norvège ou de Gaule, mais cette sorcellerie existait. En tout cas, les Britons ont toujours considéré les Saxons comme des oppresseurs qui les avaient spoliés de leurs meilleures terres et les sorcières les détestaient car ils avaient créé des lois contre la sorcellerie. Les Britons et les sorcières s’amusaient donc de voir les Saxons humiliés à leur tour.
Les Saxons étaient travailleurs, flegmatiques, placides, stables et payaient de lourds impôts, alors que les « Britons » avaient plus tendance à vagabonder, à vivre comme des gitans, à chasser ou se battre. Ils ont facilement trouvé à s’employer chez les Normands. Ils faisaient de bons mercenaires qui vivaient à la dure et aimaient combattre.
Les Normands n’étaient que très modérément chrétiens. Ils étaient ce que dans l’Est on appelle des chrétiens alimentaires. Leurs parents avaient reçu des terres du roi de France afin d’éloigner les autres pirates, à condition qu’ils acceptent le baptême. Il n’y a pas si longtemps, en Chine, le général chrétien Feng Hu Sang baptisait ses troupes en les aspergeant alors qu’ils marchaient au pas et Charlemagne faisait, sous la menace, traverser des rivières aux tribus païennes pendant que des évêques les bénissaient. De telles conversions de masse ne sont pas toujours très sincères. Mais, à cette époque, que l’on y croit ou non, si votre suzerain était converti au christianisme, il fallait se conformer aux règles chrétiennes et abandonner ses dieux païens et déclarer qu’ils étaient des démons. C’était facile à faire, il suffisait de le dire, mais les coutumes et les croyances remontant à des siècles ne s’altèrent pas aussi facilement ni aussi rapidement que cela.
 

 

 

 

 

 

 

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