Qui étaient les Dieux de Grande-Bretagne? (3)
par Gerald Gardner (traduction Ameth)
Il me semble qu’il est possible
que la célèbre « Aubépine de Glastonbury » pourrait bien être le dernier vestige
d’un bosquet sacré, comme on en retrouve dans les plus anciens romans du Graal
qui disent qu’on y trouvait un certain nombre de ces arbres. Bien entendu,
toutes ces anciennes reliques ont été christianisées après la conversion, ou la
conversion apparente, de l’Angleterre et des légendes attestent de leur
existence.
En effet, partout où l’on trouve un très ancien sanctuaire chrétien, on peut
être à peu près certain qu’il a été construit sur un temple païen encore plus
ancien. L’Eglise primitive a délibérément agit de la sorte, car elle savait que
les gens continueront de se rendre à leurs sites sacrés traditionnels, que ces
lieux soient chrétiens ou pas, on pouvait alors fort bien les christianiser. Il
existe une lettre datant de 601 de Saint Grégoire, qui était alors Pape, à
l’abbé Mellitus, dans laquelle le Pape ordonnait que les temples païens soient «
purifiés » et transformés en églises Chrétiennes, pour que « le peuple, voyant
que ses temples ne sont pas détruits, puisse chasser l’erreur de son cœur et
connaisse et adore le véritable Dieu, et que les fidèles connaissent bien les
lieux où ils avaient l’habitude d’aller. » (Cité par le Vénérable Bède dans son
« His¬toria Ecciesiastica »). Parfois, comme nous l’avons vu, les anciens
temples et sites ont été délibérément souillés et rasés, mais lorsque c’était
trop dangereux, car cela pouvait susciter la colère populaire, il a été constaté
qu’il était mieux de les adapter tranquillement et subtilement à la nouvelle la
religion.
Ainsi comme Avalon était l’Elisée Celte, le lieu est devenu le centre de la
légende chrétienne, même si, comme je l’ai déjà mentionné, il n’y a rien de
fondamentalement impossible dans le récit de Joseph d’Arimathie, s’il était
vraiment dans le commerce de l’étain, il pouvait très bien être venu là après la
Crucifixion, à un moment il pouvait être difficile voire même dangereux pour lui
de rester dans son pays. Il serait, comme tant d’autres après lui, venu en
Grande-Bretagne comme réfugié politique, espérant être en mesure de gagner sa
vie grâce à un métier qu’'il connaissait.
Une légende du Glastonbury Tor illustre la lutte entre les éléments païens et
chrétiens à Glastonbury. Elle raconte comment parmi les premiers chrétiens, un
ermite, St Collen, qui vivait dans une cellule près du Glastonbury Tor, avait
entendu un jour deux hommes qui passaient devant sa cellule parlant de Gwyn ap
Nudd et disant qu’il était Roi d’Annwn (l’Autre Monde) et des fées. Saint Collen
a sorti sa tête de sa cellule et leur dit de se taire, disant que Gwyn et ses
hôtes féériques n’étaient que des démons. Les deux hommes ont répondu que Collen
rencontrera bientôt le Sombre Souverain. Plus tard, quelqu’un est venu frapper à
la porte de Collen et quand Collen a crié : « Qui est là ? » il a obtenu cette
réponse : « Je suis le messager de Gwyn ap Nudd, le Roi des Enfers, qui t’invite
à venir à la mi-journée pour parler avec lui au sommet de la colline. » Le saint
homme a refusé d’y aller. Le messager revint avec le même message, mais le saint
refusait toujours l’invitation. Puis le messager est venu une troisième fois et
recevant un troisième refus, il a dit au saint homme que s’il refusait toujours
après trois invitations, il pouvait s’attendre au pire. Ainsi, le saint homme a
décidé d’accepter l’invitation mais par précaution, il a emporté une flasque
d’eau bénite avec lui.
Le saint homme a suivi la piste verte menant au grand Tor et à sa grande
surprise il constaté qu’à son sommet il y avait un splendide château qu’il
n’avait jamais vu auparavant. Des courtisans bien vêtus s’y promenaient et un
page a conduit le saint là où Gwyn lui-même était assis sur une chaise d’or
devant une table richement dressée. Gwyn, à la différence de la discourtoisie du
saint homme, l’a invité à partager son festin, ajoutant que s’il y avait quelque
chose qu’il aimait tout particulièrement, il n’avait qu’à demander et on le lui
apporterait. Mais le saint homme avait l’impression d’être la victime d’une
illusion magique et il a déclaré : « Je ne mange pas les feuilles des arbres. »
De toute évidence, il connaissait le charme traditionnel des « Fith-Fath », ou
changement d’apparence, par lequel une chose commune pourrait ressembler à
quelque chose de « riche et d’étrange ».
Toutefois, Gwyn a continué à parler avec grâce au saint homme et il lui a
demandé s’il n’avait pas admiré la livrée des courtisans, qui était rouge d’un
côté et bleue de l’autre. « Leur costume est assez bon pour des gens de cette
espèce » a dit le saint homme grognon. « De quelle espèce parlez-vous ? » a
demandé Gwyn.
« Le côté rouge montre quel côté a été brûlé et le bleu montre quel côté a été
gelé » a répondu le saint homme, ce qui signifiait qu’ils étaient soit des
démons soit des âmes damnées en enfer. A ce moment Collen a posé sa flasque
d’eau bénite devant lui et le Roi d’Annwn, son château et ses étranges
compagnons ont disparu dans les airs.
Comme d’habitude, les païens sont présentés comme des personnes aimables et
courtois et les « saints » comme des personnages grossiers et destructeurs.
Saint Collen n’est pas la seule personne à avoir vu des choses étranges au Tor
de Glastonbury. Il y a aujourd’hui des légendes où des personnes ont vu des
lumières étranges et des formes féeriques sur le Tor et j’ai rencontré des gens
de la région qui m’ont assuré solennellement que le Tor est creux - peut-être un
« souvenir populaire » de la Colline Creuse où régnait l’Ancien Dieu.
La « Troupe Féérique » de Gwyn, le « Sluagh », comme on l’appelle en Irlande,
est traditionnellement composée de ceux dont les âmes sont trop bonnes pour
aller aux enfers, mais pas assez bonnes pour avoir droit au ciel, ou encore des
âmes des gens non baptisés c’est-à-dire les païens. On peut toutefois noter que
le nom « Gwyn » signifie « blanc », et dans la doctrine des Druides, les Hautes
Sphères de l’Autre Monde (ce que les spirites appellent le « Plans Supérieurs »)
sont appelés Royaume du Gwynfyd. Curieusement, le blanc était autrefois très
populaire comme couleur pour la veillée mortuaire. On dit qu’Henry VIII était
vêtu de blanc lorsqu’il portait le deuil d’Anne Boleyn et il existe un beau
portrait de Mary Reine des Ecossais pourtant le deuil blanc de son premier mari.
Selon Cobham Brewer, le blanc était la couleur du deuil en Espagne jusqu’en
1498, cette couleur représentait l’espoir pour l’âme du défunt. On peut se
demander s’il ne s’agissait pas là d’une réminiscence d’un lointain paganisme,
avec son espoir pour l’âme dans l’Autre Monde et la promesse de renaissance, par
opposition à la sombre doctrine chrétienne du Jugement Dernier et du Paradis
réservé à une élite, alors que la plus grande partie de l’humanité était menacée
de l’Enfer et du Purgatoire.
Le père divin de Gwyn, Nudd, ou Nodens comme l’appelaient les Romains, avait un
temple célèbre à Lydney on the Severn. Il était considéré comme un Dieu
guérisseur et comme un Dieu de la mer, ou comme on l’appelait, « Le Dieu des
Grandes Profondeurs » et les Romains l’assimilaient à Silvain, le Roi des Bois.
Cela semble être des attributions bien complexes et curieuses.
wica wicca Gerald Gardner