Qui étaient les Dieux de Grande-Bretagne? (2)
par Gerald Gardner (traduction Ameth)
Plusieurs auteurs ont écrit sur
l’ancienne légende de la Chasse sauvage, mais on ne réalise généralement pas son
lien avec le culte des sorcières. J’ai dit dans mon livre « Witchcraft Today »
que les sorcières contemporaines m’avaient dit qu’autrefois elles avaient
l’habitude d’aller à leurs rencontres à cheval, vêtues de vêtements étranges et
en criant à perdre haleine dans le but de faire peur aux gens. Bien entendu les
gens assimilaient cette cavalcade étrange à la Chasse sauvage avec ses cavaliers
fantômes et ils pensaient risquer la mort rien que parce qu’ils l’avaient
regardée. Certaines personnes ont mis en doute mes propos à ce sujet, mais comme
je l’ai déjà dit j’ai eu confirmation des déclarations de mes informateurs dans
un vieux livre très rare « Recueil de Lettres au Sujet des Maléfices et du
Sortilège » par le Sieur Boissier, (Paris, 1731). Dans ce livre Boissier reprend
les preuves présentées lors d’un procès en sorcellerie en France en 1669 et l’on
y apprend entre autre que les sorcières s’étaient réunies à un croisement près
d’une ancienne grange, quand quelqu’un est arrivé sur la route « le Diable a
fait apparaitre six chevaux sur lesquels étaient montées six sorcières » et
leurs cris sauvages ont fait détaler l’intrus terrorisé. Bien sûr, il les a pris
pour la fameuse horde fantôme, dont on retrouve la légende dans toute l’Europe.
Mais pourquoi les sorcières
voudraient-elle se faire passer pour la Chasse Sauvage ? Avait-elle une autre
signification pour le culte, en plus du divertissement tiré du fait d’avoir fait
peur au gens ? Je pense que c’était bien le cas et que les légendes de la Chasse
Sauvage sont une réminiscence d’une des plus anciennes traditions concernant les
Anciens Dieux.
On donnait à son chef
différents noms dans les différents pays et régions des Iles Britanniques. Mais
quel que soit le nom qu’on lui donne, il est toujours l’Ancien Dieu de la Chasse
et de la Mort. Un de ses noms le plus célèbres est Gwyn ap Nudd et dans son « Celtic
Myth and Legend, Poetry and Romance », Charles Squire en dit ceci :
Gwyn ap
Nudd a démontré tous ses dons surnaturels dans la tradition. Le professeur Rhys
est tenté de voir en lui l’équivalent britannique du Finn mac Cumhail Gaël. Le
nom des deux personnages signifie « blancs », ils sont tous les deux fils du
dieu du ciel et sont tous les deux des chasseurs célèbres. Mais Gwyn est plus
que cela, car lui joue avec l’homme. Dans les premiers poèmes gallois, c’est un
dieu de la guerre et des morts, et, en tant que tel, il remplit le rôle d’un
psychopompe, il conduit les morts aux Enfers où il règne sur eux. Dans les
histoires semi-christianisées plus tardives, il est « Gwyn, fils de Nudd, que
Dieu a placé à la tête du repère des diables en Annwn, de peur qu’ils ne
détruisent la race actuelle. » Plus tard encore, alors que le paganisme
dégénérait encore plus, il fut considéré comme le roi des Tylwyth Teg, les fées
du Pays de Galles et son nom a pratiquement disparu, on ne le retrouve guère
plus que dans la vallée romantique de la Neath. Il est le chasseur sauvage du
Pays de Galles et à l’Ouest de l’Angleterre, et c’est sa troupe que l’on entend
parfois chasser de nuit dans les lieux déserts.
Dans sa
première apparence, celle d’un dieu de la guerre et de la mort, il fait l’objet
d’un poème dialogué contenu dans le Livre Noir de Caermarthen. Obscur, comme la
plupart des anciens poèmes Gallois, c’est pourtant un texte inspiré. On y
retrouve ce qui est peut être la représentation la plus claire de ce personnage
du Panthéon Britannique, le « grand chasseur », pas de cerfs, mais d’âmes,
chevauchant son cheval démon et encourageant son chien démon dans sa chasse
effrayante. Il sait quand et où tous les grands guerriers tombent, car il
recueille leurs âmes sur le champ de bataille et règne désormais sur eux dans
les Enfers ou au « sommet d’une colline embrumée ».
Le père de Gwyn, Nudd ou Llud,
est l’équivalent du Dieu Irlandais Nuada, le possesseur de la Grande Epée qui
était infaillible et dont les blessures étaient mortelles. Il s’agit de l’Epée
de la Mort qui était l’un des Quatre Talismans des Tuatha De Danann, les Enfants
de la Déesse Dana, la Grande Mère des Dieux et des Hommes. Ce peut très bien
être une version rajeunie de Nudd, comme Horus l’était pour Osiris.
Le Tor de Glastonbury était
l’un des refuges particuliers de Gwyn. Autrefois il était entouré de marais
pratiquement impraticables. On se souviendra que les sorcières affirment que
Glastonbury est l’un de leurs lieux sacrés qu’elles nomment « Avalon », le Lieu
des Pommes, avec leur symbolisme de renaissance, il est donc naturellement sacré
pour l’Ancien Dieu de la Mort et la Résurrection. J’ai déjà mentionné son Puits
Sacré qui était déjà ancien lorsque le christianisme est arrivé en
Grande-Bretagne.
wica wicca Gerald Gardner