par Gerald Gardner (traduction Ameth)

C’est probablement sous l’influence de l’Eglise que les histoires les plus curieuses sur les sorcières ont vu le jour et il est probable que celle qui causa le plus de crainte et de haine vis-à-vis des sorcières était celle voulant qu’elles faisaient des poupées de cire dans lesquelles elles plantaient des épingles pour tuer la personne représentée par la poupée.
Tenter de tuer par cette méthode est une pratique très ancienne et on la retrouve pratiquement dans le monde entier. D’anciennes inscriptions babyloniennes donnent la recette pour faire des poupées de cire, d’argile ou de paille qui étaient brûlées lentement pendant qu’on récitait des formules sacrées pour torturer et tuer la personne représentée par la poupée. Le Coran dit qu’on a ainsi essayé d’attenter à la vie du Prophète. C’est un fait historique que l’évêque de Troyes a été jugé en 1318 et condamné à mort. Des preuves montrent qu’après s’être fâché avec la Reine de France, il a fabriqué une poupée de cire à l’image de la Reine et après lui avoir fait subir diverses indignités, il l’a brûlée et la reine est morte. En 1663 on a tenté d’attenter à la vie du Pape Urbain en poignardant une poupée à son image avec un couteau pendant qu’elle fondait lentement devant un feu. Il y a aussi eu de telles tentatives contre la vie du Roi Louis XIII de France.
Il est curieux que l’Eglise ne semble pas s’être élevée contre ce type de meurtre qu’ils soient l’œuvre de prêtres ou de laïques. Seule la sorcière était châtiée. Pourquoi ? La raison me semble claire. L’église savait très bien que la magie des prêtres ne pouvait que causer de légères blessures ou même n’avoir aucun résultat du tout, mais que la magie des sorcières était efficace et pouvait être dangereuse.
Lorsque j’ai écrit mon premier livre sérieux sur le sujet, « Witchcraft Today », lorsque j’ai abordé l’usage des poupées de cire j’ai dit :

Jusqu'ici je n'ai trouvé personne qui connaît exactement le rituel utilisé. Je sais que certains le connaissent toujours, mais ils ne l'admettent pas. Je souhaite tout particulièrement retrouver ce rituel, car je pense qu'il doit être plus ou moins inchangé depuis l’âge de pierre.

Depuis j’ai eu la chance de voir quelqu’un en faire une, mais malheureusement, ou plutôt heureusement, ce n’était pas pour tuer quelqu’un, car je pense que la méthode utilisée pourrait tuer. Cela illustre aussi ce qu’une sorcière m’a dit il y a bien longtemps : « Avant que tu puisses faire du mal à ton ennemi au moyen d’une poupée de cire, tu dois être dans une fureur véritable et spontanée, celle dans laquelle tu devrais être pour l’abattre physiquement ». Cette poupée de cire est exposée dans mon Musée de la Magie et la Sorcellerie.
Dans ce cas, un homme que nous appellerons X, essayait d’obtenir une propriété en faisant chanter son propriétaire, en disant : « si vous ne cédez pas, certains faits extrêmement désagréables pour vous et vos amis seront révélés. » Le propriétaire a consulté des avocats mais on lui a dit : « Ce qu’il peut révéler risque d’être désagréable. X ne le dira pas lui-même, sinon nous pourrions le coincer pour calomnie. Il s’arrangera pour que d’autres personnes s’en chargent. A vous de voir s’il ne vaut mieux pas lui donner ce qu’il souhaite que de voir vos amis souffrir. Il n’est question ici que de trois mille livres. »
Le propriétaire que l’on faisait chanter est allé voir une sorcière qui connaissait bien le maître chanteur et elle n’a pas approuvé sa conduite. Ainsi lors de la prochaine réunion du coven, elle a parlé de ce cas car tous avaient eu des soucis avec X. On a convenu qu’elles pourraient s’en occuper, mais seulement de façon à ne lui faire aucun mal. J’ai ainsi pu voir exactement ce qui a été fait. Naturellement je ne peux pas le révéler, mais je peux dire que je considère qu’il s’agit d’une pratique très ancienne, une façon de diriger une malédiction, quelque chose qui a été, selon moi, découvert par tâtonnements, une façon de faire quelque chose d’une façon particulière qui aura un effet particulier. Dans ce cas-ci le pouvoir a été dirigé pour empêcher le maître chanteur de parler, en lui cousant ensemble les lèvres et pour l’empêcher d’agir contre le propriétaire on l’a attaché solidement.
Bien sûr celui qui n’y croit pas dira qu’il ne s’agit là que d’une pure coïncidence, mais X a immédiatement retiré toutes ses menaces, vendu sa maison et a quitté la région.
Je pense que ceci pourrait servir d’exemple pour montrer comment l’éthique d’une sorcière est plus saine que, par exemple, celle de l’Evêque de Troyes.

 
 

  

 

 

 

 

 

 

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