En 1952, Pennethorne Hughe a écrit un
livre « Witchcraft », une bonne étude historique de la sorcellerie, mais qui
affirmait qu’au moyen âge les sorcières pratiquaient toutes sortes de rituels
qui leurs étaient propres, alors que les sorcières modernes n’étaient que des
pervers qui célébraient des « Messes Noires », qu’il décrivait comme des
imitations blasphématoires de la messe chrétienne. Cela a mis certaines de mes
amies en colère et j’ai essayé de les persuader que ce serait bien d’écrire un
essai sur la sorcellerie et, ainsi, j’ai écris « Witchcraft Todays. » En
écrivant ce livre, je me suis retrouvé entre Charybde et Scylla. Si j’en disais
trop, je prenais le risque d’offenser des gens que je considère comme des amis
et, si j’en disais trop peu, je n’aurais pas intéressé les éditeurs. Dans cette
situation, j’ai fais ce que j’ai pu. En particulier, j’ai nié que les sorcières
célébraient des Messes Noires ou qu’elles sacrifiaient des animaux – ou même des
enfants non baptisés.
Une des premières questions que j’ai posées aux sorcières dès que je fus « des
leurs » fut « Qu’en est-il des Messes Noires ? ». Elles ont toutes dit : «Nous
ne savons pas comment cela se passe et, même si nous le savions, pourquoi
ferions-nous cela ? ». Elles ont aussi dit : « Tu sais ce qui se passe à nos
rencontres. Ce sont de petites cérémonies religieuses, nous remercions les
Anciens Dieux, nous nous occupons de ce dont il faut parler, ou peut-être que
quelqu’un aura envie de pratiquer un rite pour une raison précise ; ensuite il y
a une petite fête et une danse. Ensuite, on se dépêche de prendre le dernier bus
pour rentrer à la maison ! Il n’y a pas le temps ou la place pour ces non-sens
que sont les « Messes Noires » et, surtout, pourquoi voudrions-nous célébrer une
Messe Noire ? »
Je pense que c’est du simple bon sens. Pour un catholique qui croit en la
transsubstantiation, qui est le fait que le pain et le vin de la messe sont
littéralement changés en corps et sang du Christ, une insulte cérémoniale à
l’hostie serait le pire des blasphèmes, mais les sorcières ne croient pas cela,
il serait donc absurde pour elles d’essayer d’insulter un morceau de pain.
Je ne suis pas le premier à en avoir fait la remarque. Eliphas Levi, le célèbre
occultiste français, qui fut aussi un catholique fervent, a dit dans son livre «
Dogme et Rituel de Haute Magie » que la première condition pour être couronné de
succès dans la pratique de la Magie Noire est d’être prêt à profaner le culte
dans lequel nous croyons.
Certains pourront penser que quelqu’un qui ne croit pas en la
Transsubstantiation n’a pas la Vraie Foi et est condamné à l’Enfer. On m’a dit
que certains prêtres frondeurs qui prêchent contre la Transsubstantiation se
procurent des Hosties consacrées et les présentent en chaire pour les bafouer,
mais je n’ai jamais entendu dire que des sorcières fassent cela.
Que penser des Chrétiens qui conservent des Hosties consacrées dans un médaillon
comme porte-bonheur ? Sont-ils révérants ou non ? Et sont-ils des sorcières ?
Nous avons certains de ces porte-bonheur dans ce musée. Je connais très bien
certaines personnes qui seraient choquées par cette pratique, mais cela
n’empêche pas qu’il s’agit là d’une pratique qui existe.
Certains auteurs disent régulièrement que le Culte Sorcier est lié aux Messes
Noires. Ils affirment en même temps que les sorcières sont païennes et qu’elles
célèbrent des Messes Noires, mais, au nom de la logique et du bon sens, on ne
peut pas faire les deux.
Contrairement à certains écrivains en quête de sensationnel, je ne souhaite pas
donner l’impression qu’il y a des sorcières à l’œuvre dans chaque coin du pays.
Au contraire, il ne reste que très peu de vraies sorcières et elles restent
entre elles. Elles descendent généralement de familles sorcières et ont hérité
d’une tradition préservée depuis des générations. Voila la façon traditionnelle
dont la sorcellerie s’est répandue et préservée, les enfants de familles
sorcières sont instruits par leurs parents et initiés dans leur enfance. En
fait, cela doit probablement être l’origine de toutes ces histoires effrayantes
où des sorcières emmènent leurs bébés au Sabbat pour les manger. Ce qui se
passait réellement, c’est que les parents sorciers avaient peur de ne pas faire
baptiser leurs bébés, car ils risquaient d’être instantanément soupçonnés. Ils
emmenaient tout d’abord leurs bébés au Sabbat et les présentaient, pour les
consacrer, aux Anciens Dieux. Ils pensaient ensuite que ce n’était plus bien
grave qu’ils subissent ensuite un baptême chrétien « pour la forme » (« Lorsque
j’étais enfant, j’ai courbé la tête dans la maison de Rimmon, le Seigneur
pardonne à son serviteur d’avoir fait cela »). Mais lorsque la persécution de
l’Ancienne Religion se fit plus grande, il devint dangereux d’admettre les
enfants. Des enfants innocents discutaient entre eux de ce que faisaient leurs
parents et où ils allaient et, un mot qui échappe, entendu par la mauvaise
personne, pouvait être synonyme de mort pour toute la famille. Il y a des
histoires terribles où des enfants furent pendus ou brûlés avec leurs parents
simplement parce qu’ils étaient de sang sorcier. Margaret Ine Quane, par
exemple, qui fut brûlée pour sorcellerie ici à Casteltown en 1617, a vu son fils
brûlé avec elle uniquement parce qu’il était son fils. Ainsi, la coutume
d’initier les enfants fut de moins en moins respectée et, si l’on ajoute à cela
la politique d’extermination conduite par l’Eglise, rapidement le nombre des
membres du Culte a diminué.
wica wicca Gerald Gardner