par Gerald Gardner (traduction Ameth)
J’ai toujours pensé que les sorcières étaient liées à un culte datant de l'âge
de pierre et dont les rites étaient un mélange entre des superstitions et la
réalité. Pour moi, ce culte n'était lié à aucun système. Mais pendant mon court
séjour à la Nouvelle Orléans, même si je n’ai pas réussi à contacter des membres
du culte Vaudou, j'ai remarqué des ressemblances entre le vaudou et la
sorcellerie, qui m'ont fait penser que le Vaudou n'était pas uniquement
d’origine africaine, mais que ce culte s’est créé en Amérique en se basant sur
la sorcellerie européenne et la mythologie africaine. Lorsque j'ai visité la
Villa des Mystères à Pompéi, j'ai vu qu’il y avait de grandes ressemblances avec
le culte. Apparemment, ces gens se servaient des méthodes sorcières.
Je sais, bien sûr, que des auteurs antiques et modernes ont affirmé que les
mystères grecs de Dionysos, Zeus, Orphée, Zagrée et Eleusis étaient semblables.
Si les mystères étaient semblables, mais avaient des rites et des mythes
différents, cela doit signifier qu'ils avaient un certain secret interne.
Dans son ouvrage savant « la Villa des Mystères », le Professeur Vittorio
Macchioro a dit à ce propos : « le mystère est une forme particulière de
religion qui a existé dans toutes les cultures antiques. Chez les primitifs, le
mystère conserve toujours une importance considérable. Son essence est la
métempsycose mystique, c'est-à-dire une régénération amenée par la suggestion.
Si elle est parfaite, cette métempsycose devient une véritable substitution de
personnalité : l'homme est investi de la personnalité d’un Dieu, d’un héros ou
d’un ancêtre, en répétant et reproduisant les gestes et les actions que lui
attribue la tradition ».
Seules les déités qui ont leur propre histoire mythique portent en elles les
éléments d’une nouvelle naissance. Déméter, Dionysos, Isis, Atys et Adonis
peuvent conférer cette métempsycose ; l'identification du moi avec la divinité
provient de la conception spéciale que les grecs avaient des relations entre la
vie et la mort. Le candidat passe par le mythe divin, en revivant la vie du dieu
et passe avec le dieu de la douleur à la joie, de la vie à la mort. Le
professeur Macchioro dit :
« Tous les mystères fonctionnaient de la même façon. Ils consistaient en un
drame sacré et une série d'actes rituels, qui reproduisaient les gestes et les
actions attribuées à la Divinité. C'est le principe de l'Eucharistie, manger le
pain et boire le vin pour s'identifier avec ce qu’Il a fait : ce n'était pas un
drame objectif, mais un drame subjectif, son essence étant de répéter ce que la
tradition disait que Dieu avait fait ».
L’initié a été amené jusque là par un enseignement préliminaire, qui sera
intensifié par des visions et des suggestions extatiques conduisant l'initié,
lui-même un acteur du Mystère, à la communion avec Dieu. Les drames sont devenus
un véritable événement dans la vie de l'homme, comme le sacrement le transforme
complètement et lui assure le bonheur après la mort. Dans un premier temps, le
Mystère était une cérémonie purement magique, mais avec le temps il a acquis un
contenu spirituel et moral. Les religions à mystère avaient une influence énorme
sur la conscience grecque, ce qui leur a permis de comprendre la valeur du
message chrétien.
L’Orphisme était le plus important des mystères. Il tirait son nom de son
fondateur mythique. C'était une forme particulière de religion orgastique et
extatique qui trouve son origine dans l'adoration de Dionysos. L’Orphisme
consistait à revivre le mythe de Dionysos. Zagrée, fils de Zeus et de Koré (Persephone),
est, à l'instigation de Héra, tué par les Titans qui le déchirent en morceaux et
le dévorent à part son cœur qu'Athéna parvient à sauver. A partir de ce cœur né
le second Dionysos, fils de Zeus et Semele. La métempsycose consistait ici dans
la mort et la renaissance en Zagrée.
L'humanité est née des cendres des Titans frappés par la foudre de Zeus, qui les
a punis de leur crime. Voilà pourquoi tous les hommes portent le fardeau du
crime des Titans. Mais comme les Titans ont dévoré Zagrée, l'homme a aussi en
lui la nature de Dionysos. Les théologiens ont dit que l’homme devait se libérer
de sa nature Titanique pour s’unir avec son côté Dionysiaque par l'intermédiaire
des mystères.
Les Mystères Orphiques ont eu une grande signification morale et spirituelle et
une grande influence sur des gens comme Héraclite, Pindare et Platon. Lorsque le
Christianisme s'est étendu, c'est l’Orphisme qui a fourni les principes de base
à la théologie de Saint Paul.
L’Orphisme est rapidement entré en contact avec le culte rural d’Eleusis, dont
les mystères étaient célébrés sans élément extatique et orgiaque. Ce contact
avec l’Orphisme a transformé le culte en y ajoutant l'idée de rachat, et de
cette fusion sont nés les Mystères d’Eleusis tels qu’ils furent connus dans
l'antiquité. Ils étaient divisés en deux parties, l'Orphisme qui se concentrait
autour de Zagrée que l’on célébrait à Agrai, une banlieue d'Athènes, et que l’on
appelait « les Petits Mystères », et les Mystères d’Eleusis qui se concentraient
autour de Déméter et Koré et qui étaient célébrés à Eleusis même et que l’ont
appelait « les Grands Mystères ». Les premiers Mystères n’étaient que la
préparation nécessaire pour accéder aux seconds. En permettant une réincarnation
en Zagrée, l’initié était, dans sa nouvelle vie, digne d'avoir l'accès à
l'enseignement plus élevé des grands mystères.
Protégés par l'état, glorifiés par les artistes et les poètes, les Mystères
étaient le centre de la vie grecque et se sont développés sans interruption du
huitième siècle avant notre ère jusqu’en l’an 396 quand Eleusis a été détruit
par les moines. Les secrets, protégés conformément à la loi, ont été respectés ;
nous n’en savons ainsi que très peu des Petits et des Grands Mystères. Lors des
Grands Mystères, le dernier jour, la vision suprême couronnait une série de
cérémonies. Des chercheurs ont fait de nombreux efforts pour découvrir ce qui se
passait lors des Mystères. La découverte de la Villa des Mystères a un peu levé
le voile.
Elle se trouve dans la rue des Tombeaux à Pompéi, à l'extérieur de la Porte
Stabia. Elle se divise en deux parties séparées par un couloir.
La partie au Nord-Est ressemble à une maison pompéienne ordinaire ; la partie au
Nord-Ouest est arrangée de manière étrange. Ce grand hall était à l'origine un
Triclinium (la salle à manger) et les deux petites pièces étaient à l'origine
des Cubiculi (des chambres à coucher). Elles ont toutes subi des modifications
pour les adapter à une autre destination que celle pour laquelle elles avaient
été bâties.
wica wicca Gerald Gardner