par Gerald Gardner (traduction Ameth)

Le cas le plus célèbre de sorcellerie en Irlande est celui de Dame Alice Kyteler de Kilkenny. L'Évêque d'Ossory l'a accusée de la sorcellerie sur la base des nouvelles bulles publiées par le Pape Jean XXII. Elle fut jugée en 1324. La cour a bien sur su qu'elle pratiquait la sorcellerie, mais n’a vu aucun mal particulier en cela. Bien que sensée la condamner, la cour l’a ennuyée le moins possible et l’a acquittée au grand courroux des évêques. C’est aussi ce qui s’est passé au tribunal de l’Il de Man en 1659 où Mme Jane Ceasar fut innocentée du crime de sorcellerie, mais l'Évêque a tout de même réussi à la faire condamner « à renoncer à sa sorcellerie, le dimanche suivant dans l'église Malew » (un cas curieux de « non coupable, mais promettez de ne pas recommencer »).
Dame Ceasar a été forcée d’abjurer dans l'église et de prononcer des paroles afin de satisfaire la cour, même si les commentateurs ont dit : « cela a dû rendre ses accusateurs très malheureux s'ils croyaient vraiment qu'elle était une sorcière. Comme il n’y a pas plus d’écrits, on peut présumer qu'on en a douté. Des écrits ecclésiastiques postérieurs indiquent qu'elle est morte et a été enterrée d’une façon tout à fait ordinaire, les Ceasar faisaient partie de la bourgeoisie.
Mais l'Évêque d'Ossory était plus sévère que les Évêques de l’Ile de Man. Se basant sur les Bulles papales, il a de nouveau attaqué en accusant Dame Alice de nier le Christ, de participer à des cérémonies indécentes, aux carrefours, avec Robin Artison, ou Robin le fils de l’Art, ainsi que toute la litanie d’accusations habituelles, y compris celle d’avoir un bâton qu'elle oignait d’onguent et qu’elle chevauchait -vraisemblablement une danse de fertilité-. Une fois encore, il n’a pas pu obtenir de condamnation, la noblesse a protégé Dame Alice Kyteler et elle est partie en Angleterre.
L'Évêque a dû se contenter de faire flageller, torturer et brûler ses domestiques. Parmi les accusations contre Dame Alice Kyteler, il y avait celle de balayer la poussière vers l'intérieur. Dans l'Ile de Man, il y a une superstition courante qui veut qu’il faille balayer vers l'intérieur sinon vous balaierez la chance. Dans le cas de la Dame Kyteler, il y avait des preuves suffisantes pour prouver l'existence de sorcellerie et d'un coven de treize personnes. Il est très probable qu’elle était en contact avec une branche irlandaise du peuple de Féerie ou le Petit Peuple qui célébrait de rites semblables aux rites anglais et à ceux de Dionysos de la Rome antique.
La seconde accusation contre elle était « qu’elle avait l'habitude de sacrifier aux diables des animaux vivants, qu'elle et ses compagnons démembraient membre à membre et qu’ils faisaient des offrandes en dispersant les dits membres aux carrefours à l’intention d’un démon nommé Robin, fils des Arts, ou Robinartison ». Comme on l’a vu plus haut, le nom de Robin était un nom commun pour un esprit, il était peut être, ce coup ci, adroit ou rusé (« des arts »). Cela ressemble à la description que l’on a des pratiques des Bacchantes, qui mettaient des animaux en pièces dans leurs frénésies Dionysiaques, et l’on disait que dévorer une victime animale symbolisait l'incarnation, la mort et résurrection de la divinité.
Il y avait aussi l’accusation de sacrifier des coqs rouges à Robin, qui est décrit comme étant « Ethiopien » - autrement dit, noir. Il aurait été très peu courant de trouver un Noir avec un nom anglais en Irlande à cette époque, je pense donc que Robin mêlait de la suie à son onguent protecteur pour ne pas être reconnu.
Il s’agissait probablement des membres d'un culte local, qui pratiquaient des cérémonies magiques pour attirer la chance. Il y a eu treize personnes accusées, mais Robin n'a jamais été arrêté, donc « l'esprit rusé » était probablement de haut rang ou ecclésiastique. Nous pouvons ainsi présumer qu'un culte sorcier, qui avait des similitudes avec le culte dionysiaque, existait à cette époque et qu’il avait des membres irlandais et anglais.
M. Hughes dit que dans les archives municipales d'Exeter il y a un document montrant qu’en 1302 le Grand Jury a constaté que « Dionysia Baldwyn recevait souvent John et Agnès de Wormhille et Jeanne de Cornwale de Taignmouth, qui étaient des sorcières, et qu’ils étaient amis ». Le prénom de Dionysia me laisse penser que ses parents appartenaient à un tel culte et que le prêtre qui l'a baptisée n'y a vu aucune objection, même si de nombreux Conseils Ecclésiastiques se plaignaient des cultes à Diane et à la lune.
Selon le docteur Marguerite Murray, John, Agnès et Jeanne sont tous des noms de sorcières, Wormhille (la Colline du Dragon) peut être accidentel ou peut aussi avoir une signification. On se serait attendu à ce que l'Evêque local se soit arrangé pour obtenir une condamnation, mais la cour n'en a apparemment pas tenu compte et a pensé : « pourquoi est-ce que les sorcières ne devraient pas s’amuser ou pratiquer leur art ? ». Comme en Irlande ils ne voyaient aucune objection quant aux « sales travaux aux carrefours » de Dame Kyteler.
En réalité, à cette époque, les tribunaux semblaient penser qu'il n'y avait aucun mal à pratiquer la sorcellerie. Il n'y avait aucune loi particulière contre la sorcellerie. Vers 1260, Sires Partidas de Castille dit qu'il faut punir la sorcellerie si elle fait du mal, mais qu'elle conserve toute sa valeur pour guérir des maladies. Les Assises de Jérusalem, les Etablissements de St Louis et d'autres tribunaux avaient des vues semblables.
On m'a parlé d'un culte sorcier en Irlande du Sud qui serait toujours actif de nos jours, mais je n'ai pas réussi à entrer en contact avec eux. On dit que les membres tiennent leurs réunions dans une carrière désaffectée où ils peuvent pratiquer sans être dérangés. Ils portent de longs manteaux noirs pour se protéger jusqu'à ce qu’ils atteignent le lieu de rencontre, où ils les enlèvent pour dévoiler une espèce de kilt est fait de deux morceaux de cuir lacés sur les côtés. On dit qu'ils sacrifient des animaux à la lune ou, au moins, qu’ils tiennent des cérémonies en l'honneur de la pleine lune avec des danses réglées selon un calendrier lunaire.

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